Narrats: avril 2012

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vendredi 27 avril 2012

Fugue en sol estival


J'marche dans l'champ, parmis les hautes herbes. J'sais pas pourquoi, j'sais pas pour qui, j'sais pas où. J'sais pus rien. Y s'passait pus rien dans ma vie depuis un p'tit moment. J'pédalais, j'pédalais pis j'pédalais ... dans le vide. Fak un beau matin, j'ai pris mon sac, ma vieille radio pis une coupe de jeans, pis j'suis partie. J'ai même pas pris la peine de t'dire : « Bye, j't'aime mais j'suis pus capable de vivre avec toi. » J'l'ai juste pas fait parce que j'savais que t'allais pas comprendre, qu'les mots allaient être inutiles encore une fois. J'savais plus quoi te dire, j'savais jamais comment t'allais l'prendre. Fak à c't'heure, j'te dis plus rien, ça règle la solution. Mes discours blessants se sont transformés en mutisme. Mes lèvres sont fermées, elles te font pus de mal maintenant. T'as toujours été control freak pis pas moi. Moi, ch't'une perdue, une fille qui s'fout de toute, même de soi-même parfois ; j'ai d'la misère à contrôler ma vie, fak pourquoi vouloir se mêler de celle des autres ? Y'aurait fallu que t'apprennes à m'câlisser la paix des fois. À cause de ça, dès le départ, j'l'ai su qu'on était pas faits l'un pour l'autre. L'excuse « d'avoir su » sera pus utilisable maintenant. C'est faux. J'le savais, je l'ai toujours su. Ça aura été un suicide qui en valait la peine.
Mais j'continue de marcher encore. Jour et nuit, j'fais juste ça. Des fois, j'm'étends dans l'herbe pis j'regarde les étoiles sans raison particulière. Parce que j'en ai simplement envie. Le vent frais d'l'été m'pique la peau, les météores m'illuminent l'esprit et ça m'fait du bien. Pis, au matin, quand la lune va s'coucher, moi j'continue ma route. Souvent, mes souliers s'enlisent dans la boue, mais chacun doit apprendre à se sortir d'la marde par soi-même. Les chaussures salies et les pieds lourds, j'continue ma route bêtement. Mais, malgré ma longue marche, j'ai l'cerveau tranquille. Des fois, j'croise des lignes d'électricité qui m'pluguent à la réalité, mes seules comparses dans ce paysage lunaire. Pis après, elles disparaissent et j'me retrouve en harmonie avec moi-même à nouveau. Mais le plus important dans tout ça c'est, qu'à c't'heure, j'ai l'coeur léger. Y'a maigrit ces derniers temps, mais ça lui a fait du bien. Y'était devenu trop gros à force de manger de l'ennui.

jeudi 26 avril 2012

Le chérubin enchanteur



Il y a naissance d'un poète dans l'averse
Tel un gamin savant au milieu de la tempête
Parnassienne innocence

Ses larmes de troubadour coulent dans la traverse
Des poèmes en cascade pour coeurs en fête
Amer goût du silence

Par la croissance de son génie nous fûmes aveuglés
Quand il mourra nous pourrons mieux y voir
Âme en déchéance

Les sorcières brûlent pour danseurs enjoués
De leurs cendres nous fonderons nos espoirs
Âcre innocence

Leur venin cadavérique infectera nos artères
Et asphyxiera la créativité artistique
Infinie décadence

Nos squelettes se mêleront à la terre
Dans le cycle de cette nature anarchique
Persistante impuissance

Mais il y aura naissance d'un poète dans l'averse
Il y vivra toujours, tel un gamin savant au milieu de la tempête
Il s'y tiendra dans son éternelle danse

Saint esclave


In nomine patris et filii et spiritus sancti
Prends ma main et courbe toi devant Jésus-Christ
Joins tes paumes ensemble et pleure et rêve et pris
Comme on t'a appris à le faire toute ta vie.

In nomine patris et filii et spiritus sancti
Sanglote aux pieds de ce grand miraculé de plâtre
N'oublie pas, pauvre fidèle, que le jugement t'es interdit
Et incline-toi face à sa souffrance, tel un saint opinâtre.

In nomine patri i fili i spiritus sancti
Non, ne te relève surtout pas
Laisse ton esprit sur le parvis
Je t'en pris
Ne t'en fais pas
La religion s'occupera de penser pour toi.

lundi 23 avril 2012

Univers d'un alcoolique II

J'sais pas pourquoi j'fais encore ça. J'fais tout le temps ça, ces temps-ci. J'passe au coin d'la rue en char, tranquillement, le soir, pour encore apercevoir la maison. Notre maison, autrefois. J'aimerais tellement ça rentrer tranquillement, parker mon char après une dure journée, ramasser l'courrier pis venir t'embrasser, toé pis la p'tite. Mais à c't'heure, j'peux pu. J'sais qu't'u seras pu jamais assise s'ul bord de la fenêtre à m'attendre. J'pourrai jamais pu v'nir te voir désormais. J'me demande encore si c'tait d'ta faute ... ou la mienne. P'têtre qu'à force de devoir endurer mes excès d'alcool durant des mois, ça a fini par nous détruire. Les belles promesses non tenues, les grandes désillusions ont bein fini par te faire péter ta coche. T'étais pu « la femme de ma vie » à c't'heure, toi mon p'tit ange qui m'pardonnait toujours tout. Non. T'étais devenue « une criss de folle », du jour au lendemain. Sache que j'ai jamais réellement pensé tout c'que j't'ai dis, j'voulais pas. Ces insultes-là, ça sortait tout seule, c't'ait l'alcool. C'tait pas moé ça, j'te l'jure. Mais y'est trop tard anyway. La maison est vendue, t'as la garde d'la petite, t'as tout ce que t'as voulu dans c'te conflit-là d'marde. Tu t'en es bein sorti pareil ? Pu d'ivrogne à traîner dans maison qui faisait du mal à ta ptite fille, qui l'a fait grandir beaucoup trop vite. Elle devait s'occuper d'elle-même, de toé qui pleurait tout l'temps par ma faute pis de moé qui était trop saoul pour aller travailler l'matin, en plus de vivre dans des engueulades tous les jours. J'regrette tellement. J'voulais pas, j'voulais vraiment pas. Mais ça sert à rien de toute manière de vivre dans l'regret. Mais j'peux pas m'empêcher d'avoir mal. J'sais pas quessé qui m'fait le plus souffrir là-dedans ? Sûrement le fait de voir que toé, tu t'en tires si bien sans moé. J'ai toujours pensé que c'tait toé qui avait besoin d'moé, de l'homme pour s'occuper d'la maison, pour faire des rénos des fois de temps en temps. Quessé tu veux qu'j'te dise, c'est mon côté macho qui m'brouillait l'jugement. Dans l'fond, c'tait moé qui avait besoin d'toé, plus que tout au monde. T'étais toujours là pour m'aider, même si j'te faisais chier sans l'savoir. Tu m'aimais bein trop pour penser un jour à m'quitter. Tu sacrifais ton bonheur tous les jours pour moé, mais j'en ai un peu trop abusé. Maintenant, y'est trop tard. J'vais juste m'en aller de c'te coin d'rue là qui renferme trop d'souvenirs. Ça m'rend malade, ça m'donne mal à tête. Ch'tout étourdi à force de tourner encore en rond. Depuis qu'j'suis né, j'fais juste ça, tourner en rond. J'sais pas quessé qu'jvais faire après ça. Peut-être que j'vais aller faire un tour au bar, juste pour voir si mes chums sont là. J'boirai pas, j'te l'promets !

La chute


J'ai marché profondément dans les bois afin de cueillir l'existence au creux de ma paume. À mesure que je m'enfonçais un peu plus dans l'obscurité de la forêt, mon âme se remplissait d'une paix sublime. Bien que chacun de mes pas souillait le jeune sol et que chacune de mes respirations venait troubler le rythme sauvage de la nature, mon coeur battait de concert avec celui de la vie primaire.
Les bêtes assoiffées n'étaient jamais bien loin derrière moi. Elles me traquaient jour et nuit et pourtant, je les laissais me suivre. La chasse qu'elles avaient livrée à mon âme candide avait débuté depuis longtemps déjà, mais je m'y étais habituée au fil des années. J'avais toujours résisté de manière féroce à ces insidieux chacals et, bien que parfois essoufflée par cette course sans fin, j'avais continué ma marche vers les crevasses sans fond de ma vie. Après avoir déjeuné aux nuages et soupé de lunes, mon âme rassasiée avait toujours trouvé la force d'échapper à ces sournois charognards.
Puis, j'ai trébuché. Une erreur de parcours, une distraction, un pas de trop. Au milieu des arbres, je me suis enlisée dans un piège où ne voit plus la lumière passer à travers les mailles du filet. On y étouffe parfois jusqu'à l'abandon de soi-même, jusqu'à la démence. Puis, les chacals m'ont rapidement encerclée. Effrayée à la vue de ces vils prédateurs aux yeux de tison, j'ai joint mes deux mains ensemble et j'ai prié et j'ai crié et j'ai pleuré. Mon coeur apeuré est allé s'étendre dans leurs gueules de feu, organe desséché.
« Que les bêtes le dissèquent » ai-je pensé alors que la pénombre obscurcissait un peu plus le voile de mon esprit. Qu'on l'analyse. Qu'on lui retire tout ce venin qui lui pourri le sang. Qu'on le libère de son mal, le misérable. Sortez le bistouri, levez vos grands couteaux, opérez l'organe. Il est bien temps qu'on lui redonne le droit aux rêves. Le pauvre, il s'est bien fait trimbaler. Dans une valise poussiéreuse, on l'a traîné de force vers des destinations étrangères, avec des rues sans noms et des gens sans visages. Il a vu la folie des hommes ; leur soif de pouvoir, leurs ambitions, leur désespoir, leurs peines et leurs espoirs lui ont asphyxié les artères. Il s'est étouffé, il a manqué d'oxygène en cours de route. Mais à présent que mon coeur s'est asséché, que reste-t'-il de mon esprit, machine estropiée ? Il s'est noyé dans l'océan de la désillusion.

samedi 14 avril 2012

Je me souviens


Nous avons marché dignement dans la tourmente. La neige de décembre faisait frémir nos coeurs indignés, mais nous avons résisté, pour le peuple. Bien que les boulets de canon nous brisaient les os, bien que les cendres de nos terres détruites aveuglaient nos yeux noyés de larmes, bien que les cris de nos enfants abandonnés à l'austérité d'une misère hivernale martelaient nos âmes rebelles, nous nous sommes tenus face à la pluie des balles de l'impérialisme. Dans la souffrance de notre dépouillement, nous avons refusé, maintenant et à jamais, le mépris de cette puissance coloniale. Citoyens, remuez-vous. Il n'y a rien que vous puissiez faire à présent pour freiner cette vague contestataire. Le géant s'est réveillé, il a entamé sa marche dévastatrice. Le chevalier, ardent défenseur de la langue de Molière, a dégainé l'épée de la justice. Les temps changeront. Les enfants du pays connaîtront des jours ensoleillés où ils pourront apercevoir, dans le ciel, flotter le drapeau de cette nation française d'Amérique. Parce que désormais, le sang de nos compatriotes arrose l'autel de la liberté pour que toujours les espoirs en jaillissent.

vendredi 13 avril 2012

Univers d'un alcoolique


Salut, ma tequila. Ça faisait longtemps qu'on s'était pas jasés, toé pis moé. Comment je va ? Je vais bien, c'h't'un peu fatigué. Tsé le travail, ma blonde qui rush comme moé, l'hypothèque, le char pis les électros à payer, des fois j'trouve ça difficile de vivre. Des fois, j'ai juste l'impression que j'vis pour gagner du temps ; que mon existence, c'est d'la bullshit. Mais c'pas grave, à soir, chui tout à toi. J'vais t'laisser m'hypnotiser jusqu'aux petites heures du matin pis je reviendrai au bar, encore et encore, jusqu'à c'que j'puisse un jour trouver des raisons valables à tourner en rond.
Regarde tous les gens accoudés au comptoir. Sont tu pas assez beaux, tous dans leurs petites costumes chics, à venir noyer leurs peines dans l'alcool ? Tu trouves pas ? Moé oui. Dans l'fond, on est tous pareils. Des visages souriants aux yeux vides. Des trous-de-cul en habits propres. Des chiens qui courent après leurs queues pendant des années. Dans l'fond, ya personne meilleur que qui que ce soit dans vie, alors pourquoi toujours vouloir s'péter la yeule ?
Mais pourtant, ya queq'chose qui cloche dans salle. C'pas l'odeur de l'alcool fort qui m'fait tourner la tête. Nenon, c'est autre chose. Sens-moé ça c'te parfum-là d'hypocrisie. Pleins de gens en robes de soirées qui s'parlent sans vraiment discuter, qui s'entendent sans vraiment s'écouter, qui comparent leurs belles richesses extérieures sans y accorder une réelle importance. « Pis toé mon Jean, combien tu fais par année ? » « Oh, t'as une nouvelle maison à Westmount ! » « Wow, elle est donc bein belle ta chemise ! Tu l'as achetée où ? ». Arrêtez donc d'm'écoeurer, ch'tanné d'vous voir tous souriants avec vos bills de 100 pleins le portefeuille. C'pas ton argent qui va t'acheter une âme, s'pèce de morron. Tsé c'pas parce que t'es riche que tu vaus mieux qu'tout l'monde, criss. Mais j'imagine que c'facile de vivre les yeux fermés, sans réellement apercevoir le fondement des choses. Quand tu vis un mensonge, ton p'tit faux confort doit être bein l'fun.
J'sais même pas pourquoi j'bois toujours comme ça. Quel cancer m'habite encore ? Pourquoi j'agis toujours de même ? Pourquoi je fuis mes émotions au lieu de les affronter ? Quelle bactérie dans mon coeur m'en empêche ? J'imagine que l'passé souvent trop douloureux doit en être la cause. Grandir avec un père violent, vieillir sans jamais connaître le bonheur d'être un enfant, devoir prendre soin de son bébé d'frère, s'faire crisser dehors d'la maison à l'âge de 17 ans sans aucune ressource autre qu'une mère qui essaie d'dealer entre un mari violent pis deux flos à élever. J'imagine que ça doit ressembler à ça, une enfance malheureuse. Anyway, j'essaie de l'oublier maintenant. Et un autre coup d'tequila dans la gueule !
Des fois, j'ai juste l'impression qu'la seule chose qui m'retient icitte, c'est ma p'tite fille. Est la plus belle chose qui m'soit arrivée dans toute ma vie. Maudit qu'est belle quand a dort ! J'pourrais la regarder rêver toute ma vie, j'pourrais embrasser sa petite tête de bébé pendant des heures pis prendre ses minuscules mains dans les miennes pour l'éternité. Pis quand ses beaux grands yeux bleus me fixent, j'me sens fondre. Dans ses iris, j'suis parfait. J'suis pas encore un mauvais père, un ivrogne fini, un travailleur acharné pour un maigre salaire. Quand j'la regarde, j'sais pourquoi j'vis, je sais qui je suis et qui j'aimerais être, j'connais toute mon futur tout d'un coup. J'sais que j'serai là pour elle pis pour sa mère peu importe les obstacles de la vie, peu importe si ma soif d'alcool me reprend encore les tripes ! Mais fuck, qu'est-ce que je fais encore à traîner icitte ?

dimanche 1 avril 2012

Illusion lyrique


Comme tu es beau quand tu dors. Si tu savais, je me suis si souvent surprise à suivre du regard la courbe de tes lèvres modelées par ta jeunesse immuable, j'ai maintes fois observé tes paupières frémir sous l'effet d'un autre de tes rêves. Ton coeur est si pur et tendre quand tu es là, insouciant et fantasmant. Attends, écoute, je l'entends battre sous les couvertures. L'entends-tu ? Moi, si. Ce n'est pas comme le mien que l'on ne peut plus ranimer.
Tu vois, ta muse nous a bien tués. Durant le préambule, nous avons goûté à ce miel poétique qui nous faisait créer des dieux, des amours et des univers, qui apaisait nos âmes encore jeunes un peu blasées par l'humanité. Puis, cette muse autrefois amie s'est changée en une amante exigeante et possessive ; elle s'est bientôt mise à remplir ton esprit de songes auxquels je n'avais pas accès. Oh oui, j'ai bien essayé de m'enrouler autour de tes espoirs, mais je ne pouvais vivre au même rythme que ton coeur si frivole. Bientôt, elle a bien fait de te posséder entièrement ; tu étais à elle corps et âme. Tu créais des mondes célestes pour elle, mais ce n'était jamais assez. Elle te donna la fièvre et les nausées, car ton simple esprit d'homme, aussi inventif était-il, était trop chétif pour sa pureté si divine et si utopique. Et à présent, elle n'est plus cette poésie dont on se réjouit, mais celle dont on vit ... et dont on meurt.
Mais cela ne m'importe plus à présent. Je pars. Je pars pour toi, je pars pour nous. Je ferai ma valise puis, sans un regret, sans un mot, j'hisserai la grande voile noire. Oui, un jour, je trouverai le courage de quitter cet écrin illusoire qu'est ton coeur d'enfant, mais pas maintenant. Les chaînes imperceptibles qui m'attachent à tes rêves me lacèrent encore trop la peau. Peut-être qu'un jour, elles tomberont, je nourris cet espoir - le seul que je puis encore me permettre. Puis, lorsque sera venu le temps des grandes déchirures, j'achèterai quelques-uns de tes rêves en souvenir de ce que j'ai eu, et de ce que j'ai perdu. Ainsi, je partirai tout simplement. Mais pas tout de suite. Ne t'inquiète pas pour moi mon chéri. Continue de rêver ...