Tu vois, ta muse nous a bien tués. Durant le préambule, nous avons goûté à ce miel poétique qui nous faisait créer des dieux, des amours et des univers, qui apaisait nos âmes encore jeunes un peu blasées par l'humanité. Puis, cette muse autrefois amie s'est changée en une amante exigeante et possessive ; elle s'est bientôt mise à remplir ton esprit de songes auxquels je n'avais pas accès. Oh oui, j'ai bien essayé de m'enrouler autour de tes espoirs, mais je ne pouvais vivre au même rythme que ton coeur si frivole. Bientôt, elle a bien fait de te posséder entièrement ; tu étais à elle corps et âme. Tu créais des mondes célestes pour elle, mais ce n'était jamais assez. Elle te donna la fièvre et les nausées, car ton simple esprit d'homme, aussi inventif était-il, était trop chétif pour sa pureté si divine et si utopique. Et à présent, elle n'est plus cette poésie dont on se réjouit, mais celle dont on vit ... et dont on meurt.
Mais cela ne m'importe plus à présent. Je pars. Je pars pour toi, je pars pour nous. Je ferai ma valise puis, sans un regret, sans un mot, j'hisserai la grande voile noire. Oui, un jour, je trouverai le courage de quitter cet écrin illusoire qu'est ton coeur d'enfant, mais pas maintenant. Les chaînes imperceptibles qui m'attachent à tes rêves me lacèrent encore trop la peau. Peut-être qu'un jour, elles tomberont, je nourris cet espoir - le seul que je puis encore me permettre. Puis, lorsque sera venu le temps des grandes déchirures, j'achèterai quelques-uns de tes rêves en souvenir de ce que j'ai eu, et de ce que j'ai perdu. Ainsi, je partirai tout simplement. Mais pas tout de suite. Ne t'inquiète pas pour moi mon chéri. Continue de rêver ...
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