Salut, ma tequila. Ça faisait longtemps qu'on s'était pas jasés, toé pis moé. Comment je va ? Je vais bien, c'h't'un peu fatigué. Tsé le travail, ma blonde qui rush comme moé, l'hypothèque, le char pis les électros à payer, des fois j'trouve ça difficile de vivre. Des fois, j'ai juste l'impression que j'vis pour gagner du temps ; que mon existence, c'est d'la bullshit. Mais c'pas grave, à soir, chui tout à toi. J'vais t'laisser m'hypnotiser jusqu'aux petites heures du matin pis je reviendrai au bar, encore et encore, jusqu'à c'que j'puisse un jour trouver des raisons valables à tourner en rond.
Regarde tous les gens accoudés au comptoir. Sont tu pas assez beaux, tous dans leurs petites costumes chics, à venir noyer leurs peines dans l'alcool ? Tu trouves pas ? Moé oui. Dans l'fond, on est tous pareils. Des visages souriants aux yeux vides. Des trous-de-cul en habits propres. Des chiens qui courent après leurs queues pendant des années. Dans l'fond, ya personne meilleur que qui que ce soit dans vie, alors pourquoi toujours vouloir s'péter la yeule ?
Mais pourtant, ya queq'chose qui cloche dans salle. C'pas l'odeur de l'alcool fort qui m'fait tourner la tête. Nenon, c'est autre chose. Sens-moé ça c'te parfum-là d'hypocrisie. Pleins de gens en robes de soirées qui s'parlent sans vraiment discuter, qui s'entendent sans vraiment s'écouter, qui comparent leurs belles richesses extérieures sans y accorder une réelle importance. « Pis toé mon Jean, combien tu fais par année ? » « Oh, t'as une nouvelle maison à Westmount ! » « Wow, elle est donc bein belle ta chemise ! Tu l'as achetée où ? ». Arrêtez donc d'm'écoeurer, ch'tanné d'vous voir tous souriants avec vos bills de 100 pleins le portefeuille. C'pas ton argent qui va t'acheter une âme, s'pèce de morron. Tsé c'pas parce que t'es riche que tu vaus mieux qu'tout l'monde, criss. Mais j'imagine que c'facile de vivre les yeux fermés, sans réellement apercevoir le fondement des choses. Quand tu vis un mensonge, ton p'tit faux confort doit être bein l'fun.
J'sais même pas pourquoi j'bois toujours comme ça. Quel cancer m'habite encore ? Pourquoi j'agis toujours de même ? Pourquoi je fuis mes émotions au lieu de les affronter ? Quelle bactérie dans mon coeur m'en empêche ? J'imagine que l'passé souvent trop douloureux doit en être la cause. Grandir avec un père violent, vieillir sans jamais connaître le bonheur d'être un enfant, devoir prendre soin de son bébé d'frère, s'faire crisser dehors d'la maison à l'âge de 17 ans sans aucune ressource autre qu'une mère qui essaie d'dealer entre un mari violent pis deux flos à élever. J'imagine que ça doit ressembler à ça, une enfance malheureuse. Anyway, j'essaie de l'oublier maintenant. Et un autre coup d'tequila dans la gueule !
Des fois, j'ai juste l'impression qu'la seule chose qui m'retient icitte, c'est ma p'tite fille. Est la plus belle chose qui m'soit arrivée dans toute ma vie. Maudit qu'est belle quand a dort ! J'pourrais la regarder rêver toute ma vie, j'pourrais embrasser sa petite tête de bébé pendant des heures pis prendre ses minuscules mains dans les miennes pour l'éternité. Pis quand ses beaux grands yeux bleus me fixent, j'me sens fondre. Dans ses iris, j'suis parfait. J'suis pas encore un mauvais père, un ivrogne fini, un travailleur acharné pour un maigre salaire. Quand j'la regarde, j'sais pourquoi j'vis, je sais qui je suis et qui j'aimerais être, j'connais toute mon futur tout d'un coup. J'sais que j'serai là pour elle pis pour sa mère peu importe les obstacles de la vie, peu importe si ma soif d'alcool me reprend encore les tripes ! Mais fuck, qu'est-ce que je fais encore à traîner icitte ?

«Quel cancer m'habite encore?»
RépondreSupprimerPetite phrase puissante.
Ça m'a frappé fort au ventre, comme un shooter avant d'embarquer su'l stage.
T'es bonne Vie.
Merci PO ! Tes commentaires me font vraiment plaisir ! Je te renvoie le compliment, tu as vraiment une de ces plumes magnifiques
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