J'ai marché profondément dans les bois afin de cueillir l'existence au creux de ma paume. À mesure que je m'enfonçais un peu plus dans l'obscurité de la forêt, mon âme se remplissait d'une paix sublime. Bien que chacun de mes pas souillait le jeune sol et que chacune de mes respirations venait troubler le rythme sauvage de la nature, mon coeur battait de concert avec celui de la vie primaire.
Les bêtes assoiffées n'étaient jamais bien loin derrière moi. Elles me traquaient jour et nuit et pourtant, je les laissais me suivre. La chasse qu'elles avaient livrée à mon âme candide avait débuté depuis longtemps déjà, mais je m'y étais habituée au fil des années. J'avais toujours résisté de manière féroce à ces insidieux chacals et, bien que parfois essoufflée par cette course sans fin, j'avais continué ma marche vers les crevasses sans fond de ma vie. Après avoir déjeuné aux nuages et soupé de lunes, mon âme rassasiée avait toujours trouvé la force d'échapper à ces sournois charognards.
Puis, j'ai trébuché. Une erreur de parcours, une distraction, un pas de trop. Au milieu des arbres, je me suis enlisée dans un piège où ne voit plus la lumière passer à travers les mailles du filet. On y étouffe parfois jusqu'à l'abandon de soi-même, jusqu'à la démence. Puis, les chacals m'ont rapidement encerclée. Effrayée à la vue de ces vils prédateurs aux yeux de tison, j'ai joint mes deux mains ensemble et j'ai prié et j'ai crié et j'ai pleuré. Mon coeur apeuré est allé s'étendre dans leurs gueules de feu, organe desséché.
« Que les bêtes le dissèquent » ai-je pensé alors que la pénombre obscurcissait un peu plus le voile de mon esprit. Qu'on l'analyse. Qu'on lui retire tout ce venin qui lui pourri le sang. Qu'on le libère de son mal, le misérable. Sortez le bistouri, levez vos grands couteaux, opérez l'organe. Il est bien temps qu'on lui redonne le droit aux rêves. Le pauvre, il s'est bien fait trimbaler. Dans une valise poussiéreuse, on l'a traîné de force vers des destinations étrangères, avec des rues sans noms et des gens sans visages. Il a vu la folie des hommes ; leur soif de pouvoir, leurs ambitions, leur désespoir, leurs peines et leurs espoirs lui ont asphyxié les artères. Il s'est étouffé, il a manqué d'oxygène en cours de route. Mais à présent que mon coeur s'est asséché, que reste-t'-il de mon esprit, machine estropiée ? Il s'est noyé dans l'océan de la désillusion.

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