Narrats: Univers d'un alcoolique II

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lundi 23 avril 2012

Univers d'un alcoolique II

J'sais pas pourquoi j'fais encore ça. J'fais tout le temps ça, ces temps-ci. J'passe au coin d'la rue en char, tranquillement, le soir, pour encore apercevoir la maison. Notre maison, autrefois. J'aimerais tellement ça rentrer tranquillement, parker mon char après une dure journée, ramasser l'courrier pis venir t'embrasser, toé pis la p'tite. Mais à c't'heure, j'peux pu. J'sais qu't'u seras pu jamais assise s'ul bord de la fenêtre à m'attendre. J'pourrai jamais pu v'nir te voir désormais. J'me demande encore si c'tait d'ta faute ... ou la mienne. P'têtre qu'à force de devoir endurer mes excès d'alcool durant des mois, ça a fini par nous détruire. Les belles promesses non tenues, les grandes désillusions ont bein fini par te faire péter ta coche. T'étais pu « la femme de ma vie » à c't'heure, toi mon p'tit ange qui m'pardonnait toujours tout. Non. T'étais devenue « une criss de folle », du jour au lendemain. Sache que j'ai jamais réellement pensé tout c'que j't'ai dis, j'voulais pas. Ces insultes-là, ça sortait tout seule, c't'ait l'alcool. C'tait pas moé ça, j'te l'jure. Mais y'est trop tard anyway. La maison est vendue, t'as la garde d'la petite, t'as tout ce que t'as voulu dans c'te conflit-là d'marde. Tu t'en es bein sorti pareil ? Pu d'ivrogne à traîner dans maison qui faisait du mal à ta ptite fille, qui l'a fait grandir beaucoup trop vite. Elle devait s'occuper d'elle-même, de toé qui pleurait tout l'temps par ma faute pis de moé qui était trop saoul pour aller travailler l'matin, en plus de vivre dans des engueulades tous les jours. J'regrette tellement. J'voulais pas, j'voulais vraiment pas. Mais ça sert à rien de toute manière de vivre dans l'regret. Mais j'peux pas m'empêcher d'avoir mal. J'sais pas quessé qui m'fait le plus souffrir là-dedans ? Sûrement le fait de voir que toé, tu t'en tires si bien sans moé. J'ai toujours pensé que c'tait toé qui avait besoin d'moé, de l'homme pour s'occuper d'la maison, pour faire des rénos des fois de temps en temps. Quessé tu veux qu'j'te dise, c'est mon côté macho qui m'brouillait l'jugement. Dans l'fond, c'tait moé qui avait besoin d'toé, plus que tout au monde. T'étais toujours là pour m'aider, même si j'te faisais chier sans l'savoir. Tu m'aimais bein trop pour penser un jour à m'quitter. Tu sacrifais ton bonheur tous les jours pour moé, mais j'en ai un peu trop abusé. Maintenant, y'est trop tard. J'vais juste m'en aller de c'te coin d'rue là qui renferme trop d'souvenirs. Ça m'rend malade, ça m'donne mal à tête. Ch'tout étourdi à force de tourner encore en rond. Depuis qu'j'suis né, j'fais juste ça, tourner en rond. J'sais pas quessé qu'jvais faire après ça. Peut-être que j'vais aller faire un tour au bar, juste pour voir si mes chums sont là. J'boirai pas, j'te l'promets !

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