« Mesdames et
messieurs, veuillez accueillir, ce soir, M. Bob Dylan. » Applaudissements assourdissants. À genoux pour vénérer
l’artiste, le public explose. Puis, doucement, le tonnerre se calme et s’éloigne peu
à peu. Les musiciens s’installent alors que les lumières de la scène obscurcissent un peu
plus le voile qui sépare les virtuoses des simples mortels. Le concert va
commencer. Chuchotements dans la salle. Alors, dans le noir, le grésillement des premiers
accords d’une guitare électrique s’élèvent au milieu des spectateurs,
véritables pies et corneilles assemblées devant l’aigle américain. Fixant les
hippies, les insoumis et les introvertis à genoux devant lui pour le vénérer,
les yeux du prodige, cieux d’un bleu virginal, sont traversés par des éclairs
de génie. Illuminant les existences fades et noires de ces oiseaux égarés, les
deux iris, voilés derrière le mystérieux nuage d’une cigarette, sont pourtant traversés de quelques éclats
moqueurs. Comment pouvait-on vivre ainsi attaché à des liens pourtant
invisibles qui, tels un piège à colombes, retenaient ces êtres non pas au ciel, mais à la boue
dont ils n’auraient jamais dû penser s’éloigner ? Insensible à la froide
hégémonie de l’existence, l’enchanteur observait alors ces hommes qui, tels un
parc délaissé par des enfants, remplissaient leurs soirées solitaires d’une musique à
laquelle ils n’auraient jamais accès ni de près, ni de loin. Comme si les
douces notes d’une guitare pouvaient aussi bien mener aux hommes absurdes qu’aux
chemins libres !
* texte écrit dans le cadre du cours de français
* texte écrit dans le cadre du cours de français

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