Narrats: janvier 2013

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samedi 19 janvier 2013

Le blanc


Blanc. Des murs blancs. Des planchers blancs. Des plafonds blancs. Des lits blancs. Des habits blancs. Des masques blancs. Des médicaments blancs. Des instruments blancs. Tout était blanc. Tout aspirait au blanc universel.

Et pourtant, quelle ironie ! 

Comme si un hôpital pouvait être l'hôte de la sérénité et du désarroi ! Comme si ce lieu pouvait mener autant à la paix sublime qu'aux troubles incertains ! Dans un endroit où des vieux se pissent dessus et perdent la tête en attendant une mort d'une dignité impossible, il n'y a guère de l'espoir. Aussi agités que le coeur d'une jeune fille et aussi solitaires que l'âme d'un interné, c'est pourtant dans un hôpital que se terminent les vieux jours.

dimanche 6 janvier 2013

The Hurricane



« Mesdames et messieurs, veuillez accueillir, ce soir, M. Bob Dylan. »  Applaudissements  assourdissants. À genoux pour vénérer l’artiste, le public explose. Puis, doucement, le tonnerre se calme et s’éloigne peu à peu. Les musiciens s’installent alors que les lumières de la scène obscurcissent un peu plus le voile qui sépare les virtuoses des simples mortels. Le concert va commencer. Chuchotements dans la salle. Alors, dans le noir, le grésillement des premiers accords d’une guitare électrique s’élèvent au milieu des spectateurs, véritables pies et corneilles assemblées devant l’aigle américain. Fixant les hippies, les insoumis et les introvertis à genoux devant lui pour le vénérer, les yeux du prodige, cieux d’un bleu virginal, sont traversés par des éclairs de génie. Illuminant les existences fades et noires de ces oiseaux égarés, les deux iris, voilés derrière le mystérieux nuage d’une cigarette,  sont pourtant traversés de quelques éclats moqueurs. Comment pouvait-on vivre ainsi attaché à des liens pourtant invisibles qui, tels un piège à colombes, retenaient  ces êtres non pas au ciel, mais à la boue dont ils n’auraient jamais dû penser s’éloigner ? Insensible à la froide hégémonie de l’existence, l’enchanteur observait alors ces hommes qui, tels un parc délaissé par des enfants, remplissaient leurs soirées solitaires d’une musique à laquelle ils n’auraient jamais accès ni de près, ni de loin. Comme si les douces notes d’une guitare pouvaient aussi bien mener aux hommes absurdes qu’aux chemins libres !

* texte écrit dans le cadre du cours de français

mercredi 2 janvier 2013

« Un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets. » Jean-Paul Sartre


Quand j'avais huit ans, papa est mort. Pas au sens physique, non. C'est plutôt le père qu'il avait déjà incarné durant quelques années qui est mort alors que les sirènes de police retentissaient dans les petites heures du matin. Je ne me souviens pas énormément de cette nuit, à vrai dire. La main de ma mère dans la mienne, des éclats de voix que je comprenais pas, puis le visage de mon père rongé par l'alcool. Je me souviens toutefois clairement d'une chose : la déception. La déception, que la fatigue et le temps n'avaient pas encore réussi à endormir, avait fait surface dans mon esprit. Et cette soirée-là, l'enfant que j'étais a disparu à tout jamais, emportant avec lui le père que je croyais alors connaître. Mais qu'est-ce que c'est, de toute manière, une enfance dans une vie ? Des soirées au parc, des promenades à vélo, des après-midi à la piscine ; quelques clichés qui fonderont alors que la lumière du soleil se mêlera au sang du crépuscule rouge. Qui s'en préoccupe, des souvenirs, de toute manière ? 

Tout est faussé désormais.