Narrats: La résurrection

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mercredi 15 août 2012

La résurrection

« La seule chose insupportable en ce monde est qu'il n'y a rien d'insupportable. »
Total Eclipse

J'ai dormi, pendant longtemps, très longtemps. Comme du bétail qu'on aurait sauvagement drogué à la morphine et aux pilules du bonheur, j'ai sombré dans une autre partie de mon moi, amorphe.  Des mois durant, j'ai dormi, d'un sommeil sans rêve, sans couleur, sans aucune saveur. Dans un néant si noir que l'on en sort soi-même plus mort, beaucoup plus mort, qu'avant. Puis, je me suis réveillée, je ne saurais déterminer par quoi, après de longs mois de somnolence. J'ai fixé, les paupières lourdes, la tête étourdie et le coeur mis en terre,  tout. Ce tout immobile et inerte. Ce tout à la fois si vertueux et si brutal. Puis, devenue fiévreuse et malade par ce faux concept de liberté que j'avais si longtemps chéri, je me suis mise à vomir des mots sur du papier. J'ai écrit beaucoup de textes en écoutant beaucoup de chansons. J'ai lu pas mal de poètes, de prophètes et de sages hommes en buvant pas mal de thé. Mais, pendant tout ce temps, quelque chose me manquait. Pendant tout ce temps, une sensation de vide et d'inaptitude m'envahissait.  Je ne savais pas, je ne savais rien, mais je pensais tout savoir, fléau de la jeunesse. Je suis restée longtemps dans cette position désagréable, paralysée sur le bord de la route, à quémander ce que ce monde cannibale voulait bien me laisser d'existence. J'ai ainsi longuement observé ces soi-disant civilisés irréprochables se bouffer entre eux à la moindre occasion, à la moindre opportunité de grandeur pour ce monde en décadence. J'ai fixé la société, j'ai fixé le genre humain, j'ai fixé la vie. Mais, voulant me dissocier de cette stupidité humaine universelle à tout prix, je me suis complètement immobilisée, telle une vigile. Pourquoi ? Je ne sais toujours pas. Impassible, j'ai regardé les voyageurs passer ; chevaliers, putains, marchands, rois déchus, princes, troubadours. Ils ont tous battus le sentier tour à tour, espérant accomplir quelque chose de remarquable afin que l'on les célèbre, qu'on les acclame, échappant ainsi aux années qui amenait leur temps au loin. Puis, ils sont morts. Et la vie a continué. Tout simplement.

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