Les odeurs autour de moi étaient si nombreuses et si envahissantes que la tête avait tôt fait de me tourner. Je ne pensais pas vraiment que cela aurait puisse être un jour possible, mais c'était comme si, ce soir, mes sens étaient encore plus aiguisés qu'à l'habitude. Habité par la faim, habité par le froid, habité par le désespoir, mon être devenait si confus alors que mes pattes meurtries de misère martelaient le sol gelé de ce froid décembre. Il y avait tant de corps, tant de lumières, et tant d'obscurité à la fois que je ne distinguais plus qu'un flou oppressant autour de moi. Je sentais le vent, la pluie, la grêle, frôler mon pelage, mais je n'en avais cure. Une odeur de pâté pour chats flottant dans l'air me tenait en haleine, devenant de plus en plus insupportable pour mon organisme à mesure que les secondes pleuvaient. Mais je survivrais. Une fois de plus. Je survivrais, dans l'attente d'un jour meilleur.
Et pourtant, cette impression de vivre une seconde renaissance s'emparait un peu plus de mon être alors que la faim devenait de plus en plus coriace. Comme si je prenais conscience, une nouvelle fois, des changements radicaux qui pouvaient se mettre en place dans cette inanimée rue, sans toutefois réellement penser que mon esprit pourrait un jour les atteindre. Mais alors que j'étais une fois de plus face à face avec l'énorme matou, je ne trouvais, ni la force, ni la nécessité du combat.
Il se trouvait là, assis devant moi, de l'autre côté de la fenêtre, de l'autre côté de mon monde, de l'autre côté de ce hors décembre. C'était un chat taché de nourriture et d'auto-suffisance. Grand. Gras. Imposant. Même effrayant. Toutefois, on lui avait enlevé ses griffes, et c'était peut-être cela qui le rendait si inintéressant, si ... infélin. Et alors que j'avais pris le temps de bien l'observer, j'avais vite réalisé que le grand matou n'avait, en réalité, plus aucune arme. Il n'avait que des mains qui s'agitaient sans vraiment servir, des pattes qui ne prenaient sans jamais rendre, des doigts qui avaient tôt fait d'être griffées à l'opulence. Chanceux d'avoir vu le jour riche et puissant, il faisait sa justice partout où il allait. Seulement par chance d'être né lui.
Toutefois, au fil des mois qui s'étaient écoulés depuis ma première rencontre avec le matou, la hargne s'était installée presque naturellement entre nous deux. Mais, convaincu que ma haine seule allait un jour pouvoir chasser le félin bourgeois, je n'avais rien fait d'autre qu'attendre. Attendre le changement. Attendre l'égalité. Attendre un miracle. Et pourtant, cette attente m'avait parue si habituelle que je n'avais jamais cherché à savoir comment cela se faisait il que cette rue, d'habitude surchargé de désespérés de misère, était maintenant déserte.
Mais je savais.
Cette hibernation n'était qu'une longue gestation pour qu'au printemps éclosent les bourgeons de la révolution.
Il se trouvait là, assis devant moi, de l'autre côté de la fenêtre, de l'autre côté de mon monde, de l'autre côté de ce hors décembre. C'était un chat taché de nourriture et d'auto-suffisance. Grand. Gras. Imposant. Même effrayant. Toutefois, on lui avait enlevé ses griffes, et c'était peut-être cela qui le rendait si inintéressant, si ... infélin. Et alors que j'avais pris le temps de bien l'observer, j'avais vite réalisé que le grand matou n'avait, en réalité, plus aucune arme. Il n'avait que des mains qui s'agitaient sans vraiment servir, des pattes qui ne prenaient sans jamais rendre, des doigts qui avaient tôt fait d'être griffées à l'opulence. Chanceux d'avoir vu le jour riche et puissant, il faisait sa justice partout où il allait. Seulement par chance d'être né lui.
Toutefois, au fil des mois qui s'étaient écoulés depuis ma première rencontre avec le matou, la hargne s'était installée presque naturellement entre nous deux. Mais, convaincu que ma haine seule allait un jour pouvoir chasser le félin bourgeois, je n'avais rien fait d'autre qu'attendre. Attendre le changement. Attendre l'égalité. Attendre un miracle. Et pourtant, cette attente m'avait parue si habituelle que je n'avais jamais cherché à savoir comment cela se faisait il que cette rue, d'habitude surchargé de désespérés de misère, était maintenant déserte.
Mais je savais.
Cette hibernation n'était qu'une longue gestation pour qu'au printemps éclosent les bourgeons de la révolution.

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