Narrats: août 2012

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samedi 25 août 2012

Mots à Félix Leclerc


Au gré du Saint-Laurent bleuté
Où larmes d'Île d'Orléans
Abritent perles et beautés
Que l'enfant berce à l'océan
Vit l'écrivain, le mécréant
Sa voix chante à l'auditoire
Liberté et espoir, armant
Les grands fauchés de l'histoire.

lundi 20 août 2012

Printemps


Les odeurs autour de moi étaient si nombreuses et si envahissantes que la tête avait tôt fait de me tourner. Je ne pensais pas vraiment que cela aurait puisse être un jour possible, mais c'était comme si, ce soir, mes sens étaient encore plus aiguisés qu'à l'habitude. Habité par la faim, habité par le froid, habité par le désespoir, mon être devenait si confus alors que mes pattes meurtries de misère martelaient le sol gelé de ce froid décembre. Il y avait tant de corps, tant de lumières, et tant d'obscurité à la fois que je ne distinguais plus qu'un flou oppressant autour de moi. Je sentais le vent, la pluie, la grêle, frôler mon pelage, mais je n'en avais cure. Une odeur de pâté pour chats flottant dans l'air me tenait en haleine, devenant de plus en plus insupportable pour mon organisme à mesure que les secondes pleuvaient. Mais je survivrais. Une fois de plus. Je survivrais, dans l'attente d'un jour meilleur.

Et pourtant, cette impression de vivre une seconde renaissance s'emparait un peu plus de mon être alors que la faim devenait de plus en plus coriace. Comme si je prenais conscience, une nouvelle fois, des changements radicaux qui pouvaient se mettre en place dans cette inanimée rue, sans toutefois réellement penser que mon esprit pourrait un jour les atteindre. Mais alors que j'étais une fois de plus face à face avec l'énorme matou, je ne trouvais, ni la force, ni la nécessité du combat.

Il se trouvait là, assis devant moi, de l'autre côté de la fenêtre, de l'autre côté de mon monde, de l'autre côté de ce hors décembre. C'était un chat taché de nourriture et d'auto-suffisance. Grand. Gras. Imposant. Même effrayant. Toutefois, on lui avait enlevé ses griffes, et c'était peut-être cela qui le rendait si inintéressant, si ... infélin. Et alors que j'avais pris le temps de bien l'observer, j'avais vite réalisé que le grand matou n'avait, en réalité, plus aucune arme. Il n'avait que des mains qui s'agitaient sans vraiment servir, des pattes qui ne prenaient sans jamais rendre, des doigts qui avaient tôt fait d'être griffées à l'opulence. Chanceux d'avoir vu le jour riche et puissant, il faisait sa justice partout où il allait. Seulement par chance d'être né lui.


Toutefois, au fil des mois qui s'étaient écoulés depuis ma première rencontre avec le matou, la hargne s'était installée presque naturellement entre nous deux. Mais, convaincu que ma haine seule allait un jour pouvoir chasser le félin bourgeois, je n'avais rien fait d'autre qu'attendre. Attendre le changement. Attendre l'égalité. Attendre un miracle. Et pourtant, cette attente m'avait parue si habituelle que je n'avais jamais cherché à savoir comment cela se faisait il que cette rue, d'habitude surchargé de désespérés de misère, était maintenant déserte.

Mais je savais.

Cette hibernation n'était qu'une longue gestation pour qu'au printemps éclosent les bourgeons de la révolution.

mercredi 15 août 2012

La résurrection

« La seule chose insupportable en ce monde est qu'il n'y a rien d'insupportable. »
Total Eclipse

J'ai dormi, pendant longtemps, très longtemps. Comme du bétail qu'on aurait sauvagement drogué à la morphine et aux pilules du bonheur, j'ai sombré dans une autre partie de mon moi, amorphe.  Des mois durant, j'ai dormi, d'un sommeil sans rêve, sans couleur, sans aucune saveur. Dans un néant si noir que l'on en sort soi-même plus mort, beaucoup plus mort, qu'avant. Puis, je me suis réveillée, je ne saurais déterminer par quoi, après de longs mois de somnolence. J'ai fixé, les paupières lourdes, la tête étourdie et le coeur mis en terre,  tout. Ce tout immobile et inerte. Ce tout à la fois si vertueux et si brutal. Puis, devenue fiévreuse et malade par ce faux concept de liberté que j'avais si longtemps chéri, je me suis mise à vomir des mots sur du papier. J'ai écrit beaucoup de textes en écoutant beaucoup de chansons. J'ai lu pas mal de poètes, de prophètes et de sages hommes en buvant pas mal de thé. Mais, pendant tout ce temps, quelque chose me manquait. Pendant tout ce temps, une sensation de vide et d'inaptitude m'envahissait.  Je ne savais pas, je ne savais rien, mais je pensais tout savoir, fléau de la jeunesse. Je suis restée longtemps dans cette position désagréable, paralysée sur le bord de la route, à quémander ce que ce monde cannibale voulait bien me laisser d'existence. J'ai ainsi longuement observé ces soi-disant civilisés irréprochables se bouffer entre eux à la moindre occasion, à la moindre opportunité de grandeur pour ce monde en décadence. J'ai fixé la société, j'ai fixé le genre humain, j'ai fixé la vie. Mais, voulant me dissocier de cette stupidité humaine universelle à tout prix, je me suis complètement immobilisée, telle une vigile. Pourquoi ? Je ne sais toujours pas. Impassible, j'ai regardé les voyageurs passer ; chevaliers, putains, marchands, rois déchus, princes, troubadours. Ils ont tous battus le sentier tour à tour, espérant accomplir quelque chose de remarquable afin que l'on les célèbre, qu'on les acclame, échappant ainsi aux années qui amenait leur temps au loin. Puis, ils sont morts. Et la vie a continué. Tout simplement.

dimanche 5 août 2012

Sonnet pour esclaves de foi


Il existe en des étendues lointaines,
De brillants gardiens à la verve paterne,
Quels doux hommes ! Quels séraphins aux lanternes !
Protecteurs des Saints agneaux de porcelaine.

Or, un soir, ils musardèrent aux comètes,
Et, esquintés par les caprices du Seigneur,
Les bergers ne virent point ce Diable vengeur
Voler les bêtes en une âcre défaite.

Et prièrent alors les cerbères en choeur ;
« Ô Père ! Chassez votre malheureuse aigreur,
Pour qu'ainsi notre odieuse bévue soit graciée ! »

Mais lorsque le divin regard dans l'aquilon,
Déchira la funeste voûte du vallon,
Les dévoués bergers aux enfers furent châtiés.