Narrats: Le havre cordial

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samedi 3 mars 2012

Le havre cordial


Le coffre aux trésors gît sur le parquet de bois dans la lueur voilée de la mansarde, divulguant à la Création un déluge de mirages. Ses doigts élancés sillonnent les reliures fragiles des vinyles, ébréchant la strate de poussière s'étant formée sur ces magots musicaux. Dans une nuée de cendres, elle cueille au creux de sa main ces utopies en reliures, ses yeux céruléens rêvassant déjà sur la cataracte de sainteté qui s'apprêtait à faucher sa lucidité. Puis, ses mains meurtries cherchèrent le tourne-disque, le trouvèrent et terrassèrent toutes ces années de censure aux songes. Avec la douceur d'un chérubin, elle installa lentement le 33 tours et, exaltée, appuya sur la touche de mise en marche. L'antique appareil se mut flegmatiquement et les premières notes de la ritournelle divine vibrèrent dans ses tympans. Furtivement, ses paupières se fermèrent et elle s'étendit sur les lattes tièdes du fenil. Mozart abrita mielleusement son âme dans un havre cordial et elle accueillit la paix de l'esprit avec suavité. Elle se sentait bien.

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